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PIRATES

 

Pirates
~ 2003 ~
Céramique
25 x 15 cm environ chacun






















Dans son atelier loft, digne du sous-marin du Capitaine Némo, Gaëlle Le Guillou a choisi de s'exprimer par la sculpture en céramique et par le dessin. « L'art », précise Bachelard, « impose le réalisme à l'irréalisme. On comprend les figures par leur transfiguration », mais c'est la vision d' Hölderlin que l'on a envie de partager devant les personnages énigmatiques rassemblés ici :



« Celui que la nature rend habituel, paisible

il m'exhorte de vivre joyeux pour les hommes

Pourquoi ? C'est la clarté, devant qui tremblent aussi les sages

La joie est telle quand tout s' ébat et rit. »



Tout s' ébat et rit autour de nous : homme poisson, soliste à la chevelure poulpe, tête pince de crabe, danseuses algues... Le sujet finalement n'a que peu d'importance. Il est traité avec élégance et habileté à échelle humaine et chaque détail y prend de l'importance. L'esprit de ces sculptures appartenait déjà aux personnages en fil de fer de Calder et existait également dans la trame déroutante de certains tableaux de Magritte. On peut y trouver également la gouaille des corsaires Malouins d'Etienne Blandin ou des personnages de Chasse-Pot,sans parler d'une certaine déconstruction du sujet très Chaissacquienne ! Que de pères, pour une œuvre au ton très personnel qui s'impose dans sa nouveauté, par le plaisir qu'elle procure, ses décalages heureux avec la réalité et une réflexion poétique sur la joie de vivre et le bonheur d'être.

On y frôle souvent l'étrange. La transfiguration des formes rattache au monde du rêve et de l’irrationnel. Les figures sont ludiques, ont leur vie propres et et entraînent le regardeur dans leurs sillages.



Tous ces monstres extraits d'un bestiaire iconoclaste ou d'un « zoo humain » (pour reprendre un titre de Desmond Morris), avec lesquels on a envie de rentrer en communication, nous ramènent à nouveau à Hölderlin. (*)



« La visibilité de la forme vivante, persister

En ce temps, comment se nourrissent les hommes

Est presque une discorde, tel vit pour la perception,

Tel aspire aux peines et à l'invention » .



Jean-Pierre Nuaud

Nantes, le 7 avril 2003



(*) «  Le contentement » Friedrich Hölderlin

traduction Kza Han et Herbert Holl